L'illusion Mélenchon
Par Jérôme le 27 mars 2012 - Politique - Lien permanent

Quand j'étais petit, ma mère me disait que "c'est celui qui a la plus grande gueule qu'on écoute, c'est injuste mais c'est comme ça".
C'est sans doute ce qui explique en partie le phénomène du vociférant Mélenchon. Comme son homologue d'extrême-droite, il bénéficie du contexte de la crise pour emmener dans son sillage tout un tas d'électeurs déçus/déboussolés/subjugués. Sauf que l'ennemi pour lui n'est pas l'étranger mais la finance.
Il se propose donc de mettre au pas la finance. Les banques et les agences de notations doivent trembler en effet.
Mais son discours anti-système plait. Il réussit à rassembler un attelage improbable d'anciens communistes (oui ça existe), d'alter-mondialistes, d'admirateurs du dictateur cubain et de bobos en mal de sensations.
Pourtant ces gens devraient se méfier. Mélenchon promet de redonner le pouvoir au peuple après être arrivé au pouvoir. C'est le genre de discours que tiennent tous les dictateurs et autres putchistes du monde qui, une fois au pouvoir, le gardent...
Une fois l'élection passée, ce mouvement obtiendra peut-être quelques députés sur les cendres de leurs prédécesseurs communistes puis le monde politique reprendra son ronronnement tranquille. Ses électeurs auront eu l'illusion d'une révolution, c'est déjà pas mal...
P.S. : le graphisme de l'affiche que j'ai photographiée rappelle les heures les plus sombres de l'Union soviétique, vous ne trouvez pas ?

Commentaires
J'ai vu où tu as pris l'affiche en photo. Moi aussi, je l'ai trouvé étrange, il n'y a même pas son nom dessus... Monsieur est tellement connu qu'il n'a pas besoin de signer...
C'est surtout le graphisme qui m'a frappé. Il rappelle les années Mao en Chine ou les grandes heures de l'URSS !
Pour l'instant, et indépendamment du petit quizz "pourquivoter", c'est bien vers son Front que je penche le plus.
Sauf que... une partie de moi y voit un peu un effet EELV de 2010 quand ce parti avait fait une razzia aux régionales. Et puis le soufflé retombe.
Les circonstances ne sont certes pas les mêmes, mais les faits sont là, le mini tsunami s'avère ressembler à une tempête dans un verre d'eau là maintenant avec l'impression que c'est juste leur amour propre qui les maintient en campagne.
Du coup, le Front qui est une union va tenir combien de temps de la sorte, surtout avec le PC (celui de Pierre Laurent) qui fatalement veut aussi faire entendre sa voix.
Pis plus il grignote des places dans les sondages et plus la question du "vote utile" va se poser.
Sinon pour le portrait en effet il est... spécial.
Je comprends que l'on puisse tenté par un vote Mélenchon. Dans le contexte actuel, quelqu'un qui fustige avec autant de talent les excès de la finance attire l'attention. C'est un très bon tribun.
Mais, sans être anti-communiste primaire, je me méfie de ceux qui ont ce genre de discours où il faut tout (ou presque) prendre aux riches. Je me méfie aussi de ceux qui veulent le bonheur du peuple malgré lui.
Et puis le billet m'a surtout été inspiré par cette affiche que j'ai prise en photo, où la ressemblance dans le style avec un dessin de Mao est frappante, tout un symbole !
Merci! Je ne suis donc pas seul à penser ça...
Ayant grandi en Roumanie à l'époque de années de "gloire" du communisme j'ai également été frappé par cette affiche qui m'a rappelé celle de Ceaucescu que les gens portaient pour ses manifestation.
Comme j'ai connu le communisme j'ai du mal à comprendre les gens qui pensent que c'est la solution. Comme s'ils étaient plus intelligents que tous les autres pays qui ont essayé le communisme avec les résultats que tout le monde connaît. Mais bon suffit de voir les émissions de télé réalité et leurs audiences pour comprendre mieux.
Je comprends très bien la méfiance qu'on peut avoir envers Mélenchon, mais j'aimerais remettre un peu les choses à leurs places.
Le front de gauche n'est pas une force politique extrême. Le parti de gauche, auquel appartient Mélenchon, n'est absolument pas communiste et se proclame davantage du socialisme. La rupture avec le PS est venu du fait que c'est devenu un parti social-libéral, et de là est née la conviction qu'il faut avoir une vraie force à gauche de ce genre de parti. On a souvent du mal à comprendre car l'analogie avec la droite n'est pas possible, dans la mesure où les branches libérales et gaullistes y sont regroupées au sein du même parti (on passe donc à droite directement de l'UMP au FN, il y a même plus d'UDF...).
La différence entre l'extrême gauche (Lutte Ouvrière et PCF lorsqu'ils présentaient leur propre candidat) et le front de gauche réside dans la manière dont on gouverne et dont on engage les réformes. D'un côté il y a la volonté de prendre le pouvoir par le bas, par l'insurrection de rue, par la révolution, qui est donc anti-démocratique (si on lit Marx on comprend que la démocratie est perçue comme un système bourgeois où les partis de gauche sont encore plus dangereux que ceux de droite car ils le rendent supportable et donc retardent la révolution), et de l'autre côté il y a le Parti de gauche qui prône la participation aux élections pour changer les choses par le haut, sur le plan institutionnel. Le Parti de gauche est donc entièrement démocratique (alors que le FN et LO, hum...), et le PCF a accepté cette nouvelle logique.
Si on revient sur la vision marxiste, on voit bien la différence entre les extrêmes qui n'appellent pas à voter à gauche ou à droite - LO, FN - et le Front de gauche qui se rallie au Parti socialiste, dont il bien plus proche.
De plus, la critique populiste revient souvent, mais le propre du populisme est de promettre des choses qui ne sont pas applicables. Or, les économistes du Parti de gauche, je citerais notamment Jacques Généreux (ex-socialiste aussi, et prof à Sciences-Po), démontrent que le programme économique tient parfaitement debout, il est juste très keynésien. Je comprend qu'on soit néo-libéral en puissance et qu'on y adhère pas, mais ce n'est pas une raison pour dénigrer les visions politiques alternatives.
Voila voila, je pourrais écrire des heures, mais je ne veux pas vous faire lire un pavé non plus. Juste vous faire prendre conscience que le Front de gauche n'a rien à voir avec le FN et le soviétisme.
Ah oui, "Front" de gauche, c'est une référence au Front populaire, dont faisait parti la SFIO (et donc les so-cia-listes) et s'est désolidarisé le PCF.
Merci Yves d'avoir pris le temps d'apporter les éclaircissements d'un militant.
Il n'en reste pas moins que Mélenchon dédaigne tout ce qui peut se trouver à droite d'Hollande (et encore Hollande c'est limite). Je préfère l'approche centriste, elle est plus ressembleuse...
Je comprend parfaitement le vote centriste, et je vais pas argumenter contre, car j'ai décidé justement de ne pas parler comme un militant. Les "éclaircissements" n'avaient pas pour but de rallier quiconque à une cause, mais de mettre en garde contre les remarques un peu faciles et pleines de préjugés telles que "Comme son homologue d'extrême-droite" ou
"C'est le genre de discours que tiennent tous les dictateurs et autres putchistes du monde qui, une fois au pouvoir, le gardent..."